Une communauté opprimée

Ces faits ne sont pas nouveaux : ils sont l’actualisation de plus d’un siècle d’oppression des sourds, dont le caractère de communauté culturelle est pourtant reconnu par l’ethnologie, notamment du fait de sa langue, la langue des signes française (LSF). Langue qui est pour sa part reconnue comme une vraie langue par la linguistique.

 De leur handicap, la surdité, les sourds de naissance (et devenus sourds prématurément) ont fait une culture propre et originale. Mais cette culture n’est pas reconnue en France. Peu de personnes savent qu’en 1880, l’usage des signes dans les écoles spécialisées fut interdit par un congrès d’éducateurs à Milan (financé par un banquier promoteur de l’oralisme) et qu’elle fut par la suite supprimée peu à peu des écoles et des pratiques institutionnelles françaises. Pour autant, la LSF n'a pas disparu : regroupés entre eux dans les écoles, les sourds se la transmettaient de génération en génération, la plupart du temps pendant la récréation, en cachette. C’est donc dans les couloirs de l’histoire que la langue des signes a survécu.
Dans les années 80, après un siècle d’interdiction, les sourds français ont connu ce qu’ils appellent « le réveil sourd » : la prise de conscience par les locuteurs de la langue des signes de leur identité propre. Mais la diffusion de cette culture dans la communauté sourde est arrêtée par une absence de volonté politique réelle de la reconnaître. Sans compter qu’elle est aujourd’hui menacée par les progrès technologiques : la technologie actuelle propose aujourd’hui aux parents d’enfants sourds « l’implant cochléaire », une puce numérique, greffée directement dans le cerveau, permettant de réactiver le nerf auditif. Avec l’implant cochléaire se profile pour la communauté sourde la menace de disparaître purement et simplement.
Paradoxalement, il faut savoir que la France est le berceau de la culture sourde. C’est l’Abbé de l’Epée (XVIIIe siècle) qui, le premier, a su initier la recherche sur la langue des signes, ayant réuni les enfants sourds de plusieurs pensions de son quartier. Il conçut de développer une langue gestuelle universelle que les entendants de toutes les nations pourraient apprendre dans des collèges. Grâce à lui, des sourds ont très vite eu accès à un haut niveau d’éducation. Certains ont émigré pour apporter la langue des signes à l’étranger : c’est le cas de Laurent Clerc qui s’est installé vers 1810 aux Etats-Unis et y a fondé la première école pour sourds du pays. Il a ainsi importé la langue et la culture qui lui est associée. Aujourd’hui, contrairement à la France, un enfant sourd peut y faire ses études en langue des signes jusqu’à l’enseignement supérieur puisque l’université Gallaudet, à Washington, dispense tous les cours en langue des signes. 

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